Bac de rétention pour produits chimiques : industrie et ateliers
Acides et bases de traitement de surface, solvants de nettoyage, huiles de coupe, fluides hydrauliques, produits de laboratoire de contrôle : un site industriel cumule des liquides de natures très différentes, en fûts, en IBC et en bidons. Le volume compte, mais la séparation des familles incompatibles compte autant.
Ce que dit la réglementation pour un site industriel
Pour une installation classée soumise à autorisation, l'article 25 de l'arrêté du 4 octobre 2010 impose d'associer tout stockage de liquide susceptible de polluer les eaux ou les sols à une capacité de rétention dimensionnée. Cette rétention doit être étanche aux produits qu'elle peut recevoir et résister à leur action physico-chimique, et des récipients contenant des produits incompatibles ne doivent pas être associés à une même rétention.
Les sites soumis à déclaration ou à enregistrement trouvent la même règle dans leurs arrêtés de prescriptions générales. Par exemple, l'arrêté du 27 juillet 2015 applicable au travail mécanique des métaux (rubrique 2560) la reprend en son point 2.10, et la présence de la rétention y est un point de non-conformité majeure lors du contrôle périodique ; l'arrêté du 11 avril 2017 relatif aux entrepôts couverts (rubrique 1510) prévoit lui aussi une rétention dimensionnée et la séparation des produits qui réagissent dangereusement ensemble.
Un site non classé n'échappe pas aux obligations générales : l'employeur organise le stockage sûr des agents chimiques dangereux et isole les produits incompatibles (Code du travail, art. R. 4412-11 et R. 4412-17), et laisser s'écouler des substances nuisibles dans les eaux peut constituer un délit (Code de l'environnement, art. L. 216-6).
Séparer les familles incompatibles
C'est la règle la plus souvent oubliée dans les ateliers : une rétention commune pour des produits qui réagissent entre eux transforme une petite fuite en accident. L'INRS recommande des cuvettes séparées dès qu'il existe un risque de réaction dangereuse entre deux produits.
- Acides d'un côté, bases de l'autre, chacun sur sa propre rétention.
- Comburants (oxydants) jamais à côté des liquides inflammables ni des matières combustibles.
- Solvants inflammables sur une rétention en acier, à l'écart des produits aqueux.
- Huiles et fluides hydrauliques sur une rétention dédiée, ce qui facilite aussi la collecte séparée des huiles usagées.
Le cas des liquides inflammables
Sur un site classé pour les liquides inflammables, les arrêtés applicables (arrêté du 24 septembre 2020 pour les récipients mobiles des sites soumis à autorisation, arrêté du 22 décembre 2008 pour les sites soumis à déclaration) exigent des parois de rétention incombustibles : en pratique un bac acier, pas de polyéthylène. Selon le régime du site et l'emplacement du stockage, ces textes demandent aussi de couvrir 100 % des contenants fusibles (en plastique) et, notamment en extérieur, d'ajouter les eaux d'extinction et la pluie. Ces situations demandent une étude au cas par cas.
Comment dimensionner la rétention
La règle générale (arrêté du 4 octobre 2010, art. 25, reprise par les arrêtés de prescriptions générales des installations classées) : la capacité de rétention est au moins égale à la plus grande de ces deux valeurs — 100 % du plus grand récipient ou 50 % du volume total. Le texte prévoit aussi une règle propre aux récipients de 250 L ou moins (fûts, bidons) : 20 % du volume total (50 % pour les liquides inflammables), avec un minimum de 800 L, ou le volume total s'il est inférieur.
Quand tous les récipients font 250 L ou moins, les deux règles s'appliquent et peuvent donner des volumes différents : faute de doctrine administrative qui tranche, nous recommandons la plus stricte. Notre calculateur de capacité de rétention affiche les deux, à titre indicatif.
Entretenir la rétention
Pour les sites à autorisation, l'article 25 de l'arrêté du 4 octobre 2010 demande une rétention étanche et résistante aux produits qu'elle peut recevoir, un dispositif de vidange maintenu fermé et, à l'extérieur, une vidange des eaux de pluie aussi souvent que nécessaire ; ailleurs, ce sont de bonnes pratiques. Gardez la cuvette libre (ni eau, ni déchets, ni contenants vides) et remplacez un bac fissuré ou corrodé.
Exemples de dimensionnement sur un site industriel
Trois IBC de 1 000 L d'un même acide sur une rétention commune : le plus grand récipient dépasse 250 L, la règle générale s'applique. Il faut au moins 1 500 L, soit 50 % des 3 000 L stockés, davantage que les 1 000 L du plus grand IBC.
Six fûts de 200 L d'huile de coupe sur une même rétention : la règle générale donne 600 L (50 % de 1 200 L) ; la règle des récipients de 250 L ou moins donne 800 L. Nous recommandons la plus stricte, soit 800 L, ou une répartition sur plusieurs rétentions.
Quel matériel pour un site industriel
Selon les produits et les volumes :
- Bacs en polyéthylène pour les acides et les bases, en vérifiant la compatibilité chimique indiquée par le fabricant pour chaque produit.
- Bacs en acier pour les solvants et liquides inflammables.
- Bacs pour IBC et rétentions grande capacité ou sur mesure pour les produits livrés en conteneurs.
- Petits bacs d'étagère pour les flacons du laboratoire de contrôle, une famille par bac.
- Kits absorbants adaptés aux produits chimiques, à proximité des zones de transvasement.
Questions fréquentes
Peut-on mettre des acides et des bases sur la même rétention ?
Non : pour les sites à autorisation, l'article 25 de l'arrêté du 4 octobre 2010 interdit d'associer des produits incompatibles à une même rétention, et, pour tous les employeurs, le Code du travail impose d'isoler les agents chimiques incompatibles.
Quel matériau pour un bac de rétention de produits chimiques ?
Le polyéthylène résiste à de nombreux acides et bases ; sur un site classé 4330, 4331 ou 4734, les parois de la rétention des liquides inflammables doivent être incombustibles, en pratique un bac acier. Dans tous les cas, vérifiez la compatibilité chimique déclarée par le fabricant pour le produit stocké.
Quel volume pour plusieurs IBC sur une même rétention ?
Au moins le plus grand des deux volumes suivants : 100 % du plus grand IBC ou 50 % du volume total. Pour trois IBC de 1 000 L, cela donne 1 500 L.
Le volume de rétention est-il vérifié lors des contrôles ?
Pour les installations soumises à déclaration avec contrôle, la présence et le volume de la rétention figurent parmi les points vérifiés par l'organisme de contrôle périodique, comme non-conformités majeures dans plusieurs arrêtés de prescriptions générales.
Faut-il une rétention sous chaque poste de transvasement ?
Pour les sites à autorisation, l'arrêté du 4 octobre 2010 (art. 25 VI.E) demande que les aires de stockage et de manipulation soient équipées pour recueillir les fuites ; ailleurs, c'est une bonne pratique. Une rétention ou un bac sous les postes de transvasement, avec un kit absorbant à proximité, répond à cet objectif.
Sources
- Arrêté du 4 octobre 2010, art. 25 (AIDA – INERIS)
- Arrêté du 27 juillet 2015 (travail mécanique des métaux, rubrique 2560, déclaration), point 2.10 (AIDA – INERIS)
- Arrêté du 11 avril 2017 (entrepôts couverts, rubrique 1510), annexe II point 10 (AIDA – INERIS)
- Code du travail, art. R. 4412-11
- Code du travail, art. R. 4412-17
- Code de l'environnement, art. L. 216-6 (AIDA – INERIS)
- INRS ED 753 — Stockage et transfert des produits chimiques dangereux
- Arrêté du 24 septembre 2020 (récipients mobiles de liquides inflammables) (AIDA – INERIS)
- Arrêté du 22 décembre 2008 (liquides inflammables, déclaration), points 2.7 et 5.3.1 (AIDA – INERIS)
Informations générales, à jour à la date de publication ; elles ne remplacent pas l'avis de votre organisme de contrôle ou de l'inspection des installations classées pour votre site.